9 septembre 2014

FREDERIC BAZILLE et l'évolution des espèces : des êtres plus parfait que l'homme peuvent naître du progrès. Un matérialiste de 19 ans en action.



Pour les "Bazilliens", vous pouvez sauter les premiers paragraphes. Quoi que...? 

                  Inattendues, souvent, les trouvailles, au bout d'une corvée de bénédicti

                  J'avais, depuis — quand ? toujours? — un dossier assez sinistre :
SOCIETE DE L'INSTRUCTION MUTUELLE

                  20 doubles feuilles format in quarto portant chacune 4 pages d'une écriture manuscrite polycopiée par je ne sais quel moyen : les compte rendus trimestriels (théoriquement) de l'activité de cette société.
                 Je me suis décidé aujourd'hui à lire tout ça.
                Au bout d'une quarantaine de pages péniblement lues, je me suis pris à écrire sur mes notes : " Ne tient pas plus que ce que ça promet".
SOCIETE DE L'INSTRUCTION MUTUELLE, MONTPELLIER

                Voici à peu près de quoi il s'agit.
                Le 9 mars 1850, un groupe d'hommes (que des hommes, comme tous ces clubs, sociétés et cercles sexistes du XIXe) crée une Société de l'Instruction mutuelle.
Ils en sont si fiers qu'ils font un tampon.
Il y a là des gens dont la chronique locale retiendra les noms, beaucoup ont leur nom sur une rue de Montpellier ou des environs.
Alfred et Gaston Westphal, d'une grande famille d'industriels "sociaux".
Des  Castelnau (famille du peintre Eugène Castelnau), des Leenhardt (famille du peintre Max Leenhardt) , des Cazalis, des Gachon : toute l'armada des notabilités protestantes.
Ajoutons Gustave Planchon, ce professeur de botanique et pharmacie qui signera la découverte du remède contre le phylloxéra et a, face à la gare de Montpellier, un square rendu célèbre par Valéry Larbaud.
Ajoutons : Armand Sabatier, Emile Bertin, Alfred Castan, Paul Cazalis de Fondouce (l'archéologue), Albin Figuier (le neveu de Louis Figuier, le "savant au foyer"), Jules de Seynes (médecin, mais graveur d'ex-libris à ses heures), Dunal, etc... : toute une brochette d'universitaires.
Au fil de la lecture, nous apprenons que ces garçons ne sont pas encore d'illustres professeurs, mais de brillants étudiants (si nous connaissions par cœur leurs dates de naissance, on s'en serait douté).
40, 50 membres...
UNE LISTE DES PREMIERS MEMBRES

Qu'est-ce qu'ils font?
Ils se prennent au sérieux comme des protestants. Je ne suis pas sûr de tous, mais disons qu'à 80 - 90 % tout ce monde est protestant.
Ils s'instruisent mutuellement.
Une fois par semaine, ils se réunissent 4 Boulevard de la Blanquerie (actuels Bd Louis Blanc et Pasteur). Au menu : soit une conférence de l'un d'eux (c'est le but du jeu), soit une ou plusieurs lectures (c'est le bouche-trou), soit une discussion (c'est l'anarchie).
L'objectif est de mutualiser la diversité des goûts et des aptitudes.
En fait de diversité, il faut reconnaître que ça diverge pas trop.
Lorsqu'en 1857  Planchon se hasarde à faire un éloge d'Alfred de Musset, il se fait taper sur les doigts : Rolla, c'est fort bien écrit, mais tout le monde se déclare "choqué par sa licence et son sensualisme". Les Fleurs du Mal viennent de paraître, mais ils n'osent même pas y penser.
En 1859, ils lisent Le Dernier jour d'un condamné, que Hugo a publié il y a 30 ans. Ils trouvent ça "pauvre en preuves sérieuses", "fort discutable", "plein d'arguments passionnés", bref, inacceptable.
Inacceptables aussi les notes prises à un cours de Claude Bernard (qui ne publiera son Introduction à la médecine expérimentale qu'en 1865) : c'est une pensée "organiciste", et ce mot, qu'ils opposent au "principe vital" cher à l'Université de Montpellier est pour eux une injure.
Autre sujet : Westphal qui "inventera" un jour avec Charles Gide (l'oncle d'André) la mutualité, se demande : "Le commerce peut-il se faire chrétiennement"? Tous ces fils de banquiers, industriels et commerçants répondent "oui" d'une seule voix.
Dernier exemple de débat, sur les races humaines. Ils ont nommé une commission pour étudier le problème, et le rapport de la commission conclut à la pluralité des espèces humaines. C'est à dire que tous les hommes n'appartiennent pas à la même espèce humaine. Ça va plus loin que l'inégalité des races : c'est dire qu'il y a des hommes qui ne sont pas des hommes (comme nous). Dit comme ça, c'est un peu gros, la Société se cabre, et "se basant sur les considérations religieuses et morales, elle reconnaît la nécessité de l'Unité de l'Espèce Humaine".

BREF, j'en étais là de ma lecture, pensant avec morosité que ces jeunes gens étaient sans doute bien gentils, à coup sûr pleins d'avenir, mais bien loin de mes préoccupations. Sexistes, racistes, conservateurs et même pas esthètes. Même avec le décalage spatio-temporel, ça fait beaucoup à digérer.

Mais, bonne bête de somme, je filais mon train, vaillamment léthargique : j'y suis, je vais au bout !
Et c'est alors que l'avant-dernière feuille me réveilla en sursaut.

"Enfin, nous avons eu  la satisfaction de nous adjoindre un nouveau membre actif, M. FRÉDÉRIC BAZILLE dont la VOCATION POUR LES SCIENCES NATURELLES nous promet un nouveau contingent de travaux de cet ordre. " 
Réception de FREDERIC BAZILLE
RECEPTION DE FREDERIC BAZILLE, suite

On est au début de 1860. Frédéric Bazille a 19 ans. En 1859, il a été reçu bachelier ES-SCIENCES. C'est le début d'une vocation. Du coup, il part en juillet, avec Gustave Planchon et Charles Martins, le créateur des serres du Jardin des Plantes de Montpellier, pour une excursion botanique et enthomologique dans les Alpes  : Grenoble, Uriage, la Grande-Chartreuse. Il y récolte beaucoup d'insectes.  C'est une autre vocation.
C'est l'époque où il se passionne pour l'identification des oiseaux, même exotiques. IL identifie — à distance — les oiseaux que son père croise en Algérie. Il fait même des expériences de taxidermie et remplit sa chambre d'oiseaux empaillés.  Oui, c'est toujours une vocation en marche.
En ville, on sait ça. Les chasseurs lui donnent des oiseaux rares, son père lui ramène des papillons de tous ses voyages. 
Oui, Frédéric a une vraie vocation pour les sciences naturelles. Son cousin Louis Bazille, son futur cousin Jules de Seynes qui président la Société ce trimestre, le savent.

Trois pages plus loin, nouveau bonheur. Non seulement Frédéric est admis dans la société, mais il parle. Et non solum il parle, mais il lâche une bombe et polémique ferme !!

INTERVENTION  DARWINIENNE DE FREDERIC BAZILLE

"M. Fréd. Bazille a déjà lu son premier travail sous le titre de L'Histoire de la Géologie jusqu'à Hooke. Ce travail appelle son complément promis par l'auteur qui reliera des faits à des généralisations nécessaires. M. Bazille a émis une idée qui a provoqué une assez longue discussion : celle de la possibilité d'un progrès pour ainsi dire indéfini d'où suivrait la possibilité de la création d'êtres plus parfaits que l'homme. Quelques membres sont d'avis que l'appropriation d'un milieu convenable à l'homme est plus évidente que la loi de progrès constant. D'autres, ayant surtout égard au perfectionnement graduel des formes pensent que la solution ne peut être cherchée dans l'histoire antérieure du globe que d'un autre côté. La question est insoluble au point de vue abstrait à cause de l'incompétence de l'homme à juger une perfection supérieure à la sienne et inférieure à Dieu. "

Si on analyse.
Laissons de côté la référence un peu pédante à Robert Hooke. 
Frédéric Bazille est matérialiste et croit que le progrès et l'apparition des espèces donc de l'homme est un phénomène immanent.
L'espèce humaine est le fruit d'un progrès naturel, mais l'homme  est appelé à être dépassé par une espèce plus avancée.
Il s'agit d'un darwinisme totalement matérialiste. Aucune place dans les propos de Bazille pour la moindre transcendance. A la lecture de sa correspondance familiale (150 lettres), je n'ai en effet jamais aperçu la moindre présence d'un dieu,  fût-il caché.

On comprend le bafouillage du rédacteur du compte-rendu, et celui des opposants qui concèdent un peu au progrès, mais ne lâchent rien sur la création.  Curieusement, ils inventent quelque chose qui ressemble à du Theillard de Chardin. Ils n'excluent pas radicalement l'évolution, mais finalement, tout ça n'est qu'une longue marche pour se rapprocher de Dieu (l'Oméga). Finalement, disent-ils, les espèces humaines, post-humaines ou supra-humaines peuvent bien s'empiler, elles sont comme la tortue d'Achille : elles n'arriveront jamais à la divinité.

Dommage qu'il n'y ait rien d'autre dans mon dossier : Frédéric Bazille ne partant à Paris qu'en novembre 1862, il a dû assister à d'autres séances, peut-être intervenir, d'autant qu'il est élu secrétaire de la Société dans la foulée.






5 juillet 2014

Passions autour de Gustave Courbet : une polémique menée en 1879 par Auguste FAJON l'ami fidèle de Gustave COURBET à Montpellier.

Auguste FAJON par Gustave COURBET (1862) 


                    Voici un manuscrit qui prend avec virulence la défense de Gustave Courbet.
Manuscrit d'Auguste FAJON: défense de Gustave COURBET parue dans Le Travailleur de Montpellier

                        A M. TROUBAT Jules,
                     Ex-secrétaire de MM Champfleury et Ste Beuve, aujourd'hui conservateur d'une bibliothèque.


                      Une page charmante (?) cueillie par l'Hérault et La République du Midi dans les Souvenirs de jeunesse, extraits des volumes Plume et Pinceau de M. Jules Troubat, nous a suggéré les réflexions suivantes:
                      En 1857, M. Jules Troubat était un peu trop jeune [21 ans] pour avoir pu porter un jugement sur Gustave Courbet comme homme privé et sur ses oeuvres.
                      Nous trouvons par trop bouffon qu'il dise que G. Courbet n'aurait pu devenir un grand musicien pas plus qu'un grand statuaire. Qu'en pouvait-il savoir et qu'en sait-il? Quant à la jactance du peintre, ajoute-t-il, elle ne se montrait pas encore en ce temps-là ce qu'on l'a vue depuis. De quoi diantre se mêle M. Jules Troubat?
                      Il nous dit encore, dans cette page charmante, qu'en 1857 G. Courbet était grand, mince, élancé; ses souvenirs le servent mal, car à cette époque Courbet avait trente huit ans et l'on pouvait plutôt le comparer à Hercule qu'à Adonis.
                      M. Troubat Jules se trompe encore lorsqu'il dit que la Femme au perroquet (un des meilleurs tableaux du peintre d'Ornans) lui a été inspiré par le tableau qu'il cite de L'Amour et Psyché, lequel fut vendu par M. Lepel-Cointet, agent de change, au prix de seize mille francs, il en fit même une copie pour Khalil-Bey, un nabab égyptien. La Femme au perroquet n'a aucun rapport avec cette toile.
                      Nous apprendrons à M. J. Troubat que nous connaissions avant 1857 très intimement notre regretté Gustave et avons été à même de reconnaître en lui un tempérament d'artiste. Il fut un grand peintre et un grand statuaire : ses oeuvres parlent assez haut pour cela.
                      Sans contre-dit, M. Jules Troubat n'a jamais vu la République helvétique [La Liberté, ou Helvetia, Platre, Musée de Besançon. Fait en 1875] un des plus beaux morceaux de la sculpture ancienne ou moderne.
                       Pour parler d'un homme tel que G. Courbet, il ne faut pas l'avoir étudié chez un Champfleury ou un Théophile Sylvestre.
                       Qu'à l'avenir, M. J. Troubat porte ses soins à épousseter les livres de la bibliothèque dont il est le conservateur : c'est une besogne dont il pourra tirer gloire et profit.
                                                                                                                       Auguste Fajon
                                                                                                           Montpellier le 21 juillet 1879

Recadrons la polémique. 

                        Vers la fin des années 1870, il est de bon ton de tirer à boulets rouges sur la mémoire de Gustave Courbet mort le 31 décembre 1877.
                        Montpellier n'échappe pas à la règle. Le peintre y a séjourné deux fois, en 1854 et 1857. Officiellement, son ami montpelliérain est Alfred Bruyas, qui possède (ou possédera) 12 tableaux du maître.
                         Mais il suffit de jeter un oeil sur la correspondance entre Bruyas et le critique d'art Théodore Sylvestre pour voir que, dès a fin des années 1860, le divorce est consommé. Le mépris le plus affiché a remplacé l'amitié initiale. Bruyas, qui a pu aimer la peinture de Courbet n'a jamais pu supporter le peintre. Il l'aimait de loin. De près, ce raffiné vit La Rencontre comme un cauchemar.
                         Les vrais amis montpelliérains seront François Sabatier, l'ami de Karl Marx, qui vit à Lunel et Auguste FAJON, qui fait l'objet de ce billet.
                         D'où cette virulente défense posthume de Gustave Courbet par cet ami montpelliérain.

                         Jules Troubat vient de publier dans son livre Plume et Pinceau (Lisieux, 1878) un récit du séjour de Courbet à Montpellier en 1857 où il s'aligne sans réserve sur la position d'Alfred Bruyas : Les premières toiles de Courbet sont les meilleures;  à partir de 1855, l'homme et l'artiste n'ont cessés de dégénérer, jusqu'à devenir un peintre vulgaire et un personnage infréquentable. Les citations que fait Fajon sont exactes :
                       Quant à la jactance du peintre, elle ne se montrait pas encore en ce temps-là ce qu'on l'a vue depuis : du moins elle était supportable. Le défaut principal s'est accentué en lui, comme l'embonpoint, avec l'âge. Et caetera : ce texte est publié et disponible sur Gallica.
                       Moins accessible est ce qu'écrit, à propos du portrait d'Auguste Fajon par Courbet, Théodore SYLVESTRE. Ce texte, écrit sous les yeux de Bruyas, est publié du vivant de Courbet et de Bruyas dans
La Galerie Bruyas, Paris, J. Claye, 1876. Bel éloge d'un peintre par son ami, son mécène et son collectionneur !!
Le modèle en prend autant pour lui que le peintre :
                       Malgré l'inertie d'attitude, la vulgarité, l'insignifiance ou la bizarrerie choquante des personnages de Courbet, est-il vraiment possible de contester sa puissance d'exécution? Non. Si, malgré ses niaiseries, les outrances et les carences de Courbet, le spectateur veut connaître toute sa force de praticien, il n'a qu'à comparer ce portrait-ci aux deux Mirevelt voisins [Delft, 1568-1641]. Non seulement Courbet tient bon à côté du maître hollandais, mais encore, soyons juste, ne le surpasse-t-il pas par ce faire si sûr, si ample, si nourri? 
                       Cette tête conique, barbue et placide, peinte par le maître d'Ornans, dit infiniment moins que chacun de ces deux Mirevelt, deux physionomies. Mais quelle exécution, ce Courbet! Quelle "PATTE" (pour quelle pâte!) dit Proudhon, ne voyant en Courbet qu'un talent animal. Quoique lourd et enfumé, au lieu d'être effumé (sfumato), selon la belle expression des Italiens, ce portrait est enlevé "comme un poids à bras franc", expression d'hercule de foire  dont Courbet s'honore. Voyez ce front, ces yeux, cette barbe! Tout cela ne dit guère, mais c'est fait!... Mirevelt en pâlit. 
                      On ne saurait être plus fiéleux. Bruyas est un virtuose pour à la fois ménager son amour-propre et son flair de collectionneur et marquer sa détestation de certaines oeuvres par lui, autrefois, achetées...
       
                      La publication de cette lettre d'Auguste Fajon dans LE TRAVAILLEUR, journal de Montpellier provoque une vive polémique épistolaire.
                       A Montpellier, Fernand TROUBAT, le frère de Jules, s'estime offensé par "cette grosse saleté". Pour lui, le journal est le "repère d'un tas de bandits". Il veut un procès, exige 30 000 francs (!!) de dommages et intérêts, tout en reconnaissant qu'un jugement ne lui rendrait pas plus son honneur que "d'aller se laver dans la cuvette d'A. Fajon".
Lettre de Fernand TROUBAT à son frère Jules au sujet de Fajon, Courbet et Cie

                       A Paris (ou plutôt  Compiègne où il est bibliothécaire), Jules Troubat essaye de calmer le jeu :
A présent que l'incident est passé, n'y revenons plus...  Quant à l'article de Fajon... je n'ai fit qu'en rire, et l'ai envoyé à Champleury.
                       Le 23 novembre 1879, il ajoute : Un procès à Montpellier m'aurait causé des tribulations pour la vaine satisfaction de confondre des drôles dont tout le monde connait le tirant d'eau... Je n'ai pas les appointements suffisants qui me permettraient de vivre sans penser à autre chose...  Pauvres bibliothécaires de tous les temps...!
Lettre de Jules TROUBAT à son frère Fernand pour le calmer
                             Je reviendrai sur Auguste FAJON à propos de 2 choses :
1-  Il se trimballe, chez tous les Courbétiens, une image de bohême désargenté vendant du raisiné en djellaba dans les rues de Paris. Or, Fajon était un riche épicier en gros qui commerçait avec l'Afrique du Nord où il a fait plusieurs longs séjours. Un soir de goguette ne résume pas le personnage.
Par exemple, dès 1838, il prend en charge, associé à ses amis FAREL, TISSIE-SARRUS, CASTELNAU, BROS (qui seront tous des amis ou des parents de Frédéric Bazille et de sa famille), etc la construction de la ligne de chemin de fer Montpellier-Nîmes.  Voir : http://books.google.fr/books?id=8gFCAAAAYAAJ&pg=PA1018&lpg=PA1018&dq=%22auguste+fajon%22&source=bl&ots=-JTNTW-Xju&sig=ae31liT2nvC0FU3UKgHM8gPgBxM&hl=fr&sa=X&ei=RFdoT5SuLcqmhAeor5GnCg&ved=0CDsQ6AEwBA#v=onepage&q=%22auguste%20fajon%22&f=false
2 - Il y a, dans son oeuvre littéraire, des choses à grapiller. Une pièce de théâtre, jouée en 1854 devant Courbet. Quelques sonnets qui sont loin de ridiculiser leur auteur, et un petit poème que Georges Brassens ne connaissait sans doute pas, mais dont Un petit coin de parapluie est une citation quasi littérale
                             Mais ce sera un autre jour


24 mars 2014

J. IXE, le premier critique de Frédéric BAZILLE est-il Jules TROUBAT, le secrétaire de Sainte-Beuve? Question. Avec REPONSE : NON !

Frédéric BAZILLE : Portrait de jeune homme.

                  PS en INTRODUCTION (en octobre 2015): 
M. Michel HILAIRE, le savant conservateur général du Musée Fabre me signale que, dans la correspondance adressée à Alfred Bruyas,  JULES LAURENS se dévoile comme étant J. IXE. 
Je n'avais pas envisagé cette attribution, mais j'aurais dû. 
En effet Laurens correspond parfaitement au portrait robot de l'anonyme : 
* Des origines ou de solides attaches montpelliéraines. N'oublions pas que le frère de Jules, Joseph Bonaventure Laurens, est une des plus fortes personnalités artistiques montpelliéraines du XIXe. 
* Un investissement dans les milieux artistiques parisiens. 
* Eventuellement, un J pour initiale du prénom. 
Tout cela désignait autant Jules Laurens que Jules Troubat. 
Je laisse cet article pour montrer qu'une démarche après tout possible n'amène pas toujours à une vérité. 
Tous mes remerciements à Michel Hilaire.


 En 1992, à l'occasion de la grande rétrospective Frédéric Bazille de Montpellier, je découvrais et publiais ce qui reste, à ce jour, les premières des rarissimes critiques circonstanciées écrites sur Bazille de son vivant.
                   Ces textes, réunis sous le titre de "LES ARTISTES MONTPELLIERAINS AU SALON DE 186. " ont été publiés dans LE JOURNAL DE MONTPELLIER de 1865 à 1869.
                  Ils sont signés  J. IXE.
                  Les notices sur Frédéric BAZILLE portent sur les 3 participations du peintres au Salon de Paris : 1866, 1868 et 1869.
                  Il ne faut pas croire que J. IXE "découvre" Bazille : il chronique systématiquement et uniquement les artistes nés à Montpellier. Bazille est dans le lot.
                  Pas plus, pas moins que : Antoina Aigon, Eugène Baudoin, Charles Brun, Némorin Cabane, Henri Boucher-Doumenq, Alexandre et Pierre Cabalel, Eugène Castelnau, Prosper Coronat, Eugène Gervais, Auguste Glaize, Joseph-Bonaventure Laurens, Edouard Marsal, Charles Matet, Ernest Michel, Joseph Charles Nigote, Charles et Victor Node, Gonzague Privat, Joseph Soulacroix, Emile Villa .
                     Voici les textes sur Bazille publiés par moi dans : Frédéric Bazille, Traces et lieux de la création. Montpellier, 1992.  (ISBN 2-901407-05-6)
            

                     Diane W. PITMAN les a re-publiés dans : Bazille, Purity, Pose, and Painting in the 1860s.  The Pennsylvania State University Press, 1998; (ISBN 0-271-01700-7)

                     Bref, depuis 20 ans, je me demande qui est ce J. IXE.
                     Son portrait-robot, tiré d'une lecture attentive de ses textes :
          * Il est montpelliérain, et vit à Paris depuis quelques années en 1865. Avant 1865 et Le Journal de Montpellier, il semble avoir déjà publié des comptes-rendus où il a parlé de Némorin Cabane et de Prosper Coronat.
           * Il connait bien l'oeuvre de Courbet, ce qui n'est pas un exploit en 1865. Mais aussi, dès 1866 au moins, celle de Manet, qui n'a que 34 ans et le désigne dès cet époque comme chef d'école. Il connaît même Renoir, qui, lui, n'a exposé son premier tableau qu'en 1864.
           * Il connaît assez bien le vocabulaire d'atelier
           * Il est très soucieux que son pseudonyme ne soit pas percé dans ce Journal de Montpellier, dont le rayonnement ne dépasse pas, s'il les atteint, les frontières de l'Hérault. En 1868, il propose sa démission, pour ne pas se griller dans sa ville natale.
           * Il est assez besogneux pour publier dans Le Journal de Montpellier qui n'est, à priori,  qu'un journal d'annonces commerciales, financières et légales.
           * Pour mes amis de Montpellier, je dirais qu'il donne au Journal de Montpellier ce que Virginie Moreau donne aujourd'hui à l'Hérault juridique et économique : une ouverture pimpante et inattendue.
                         Voilà le profil de l'homme recherché.
Frédéric BAZILLE : Portrait de jeune homme. Sanguine et crayon noir
                     

 Il y a quelques jours, je parlais de Jules TROUBAT dans un billet sur Auguste FAJON.
Un "tilt de l'escalier" m'a sussuré : "Et si c'était lui?"...
                       Du coup, j'ai relu mon Troubat presque de A à Z. : Plume et pinceau, Gaietés de terroir, et surtout sa Correspondance avec sa famille, éditée par mon homonyme Marcel BARRAL aux éditions de l'Entente Bibliophile de Montpellier (le monde est petit). J'ai aussi relu toutes les lettres manuscrites que MB n'avait pu publier (faute de place), mais dont j'avais, à l'époque (1992) interfolié mon exemplaire.
Conclusion : je doute.
                       Disons que je donne Jules Troubat comme très sérieux candidat pour incarner J. IXE, mais que je n'en suis pas certain. 72% de chances, dirait Adrien Monk.

                      Pour ne pas trancher, voici mon argumentaire, mais il faut noter ceci : 
PRESQUE CHAQUE ARGUMENT, POUR OU CONTRE L'IDENTIFICATION DE JULES TROUBAT A J. IXE, A SON REVERS.
ARGUMENTS POUR
          * Jules TROUBAT (1836-1914) est montpelliérain.
          * Il est monté à Paris dans les bagages de CHAMPFLEURY en 1861. Grâce à lui, il est entré en contact avec Courbet, Baudelaire, et Manet qui sont ses amis.
          * Dès 1864, Troubat écrit dans L'Artiste. Et, en  1865, dans Le Journal de Montpellier, J. IXE cite une critique de Charles Matet parue justement dans L'Artiste.
          * En 1869, les articles (qui s'étalent chaque année sur plusieurs numéros) sont signés tantôt J. IXE, tantôt X. Or, cette même année, 3 articles sont publiés par Le Journal de Montpellier, signés  X : M. Sainte-Beuve romancier ; M. Sainte-Beuve homme du monde et causeur ; Encore un mot sur Volupté, par M. Sainte-Beuve. Il est difficile de ne pas y reconnaître le véritable culte voué par Troubat à son maître (comme il dit toujours) : "Ecrivain profond et délicieux, homme aimable et qui accueilliez si bien, qui pourrait vous oublier?"
         * Dans le titre de ces 3 articles, un lecteur attentif aura lu : "M. Sainte-Beuve" et non "Sainte-Beuve" ou "M. de Sainte-Beuve". C'est la manière constante chez Troubat de désigner son patron. Toujours "Monsieur" (même dans la correspondance privée) par respect, jamais "Monsieur de", la particule écorchant la plume de ce "rouge" invétéré.
          * MAIS, dans l'article sur M. Sainte-Beuve romancier, X dit qu'il a consulté Sainte-Beuve par lettres. MAIS c'est peut-être bien une ruse pour se dissimuler un peu...
          * Il y a dans le style de ces critiques une recherche constante de "l'effet". C'est ce qui agace toujours un peu dans les textes "couleur locale" de Troubat. MAIS c'est aussi le propre de toute critique en 20 lignes...

ARGUMENTS CONTRE :
           * JAMAIS,  ni dans ses oeuvres, ni dans sa correspondance avec sa famille montpelliéraine, Jules Troubat ne fait la moindre allusion à ces articles. MAIS son frère Fernand est une commère incapable de garder un secret, et nous avons vu J. IXE soucieux de son incognito auprès des peintres de Montpellier. Il est pourtant curieux que cette discrétion dure jusqu'au terme (connu) de cette correspondance, en 1884, 20 ans après...
           * Après la mort de Sainte-Beuve, Troubat, toujours désargenté, recueille tous les articles du maître et les siens pour les publier en volumes et en tirer quatre sous. Il ne recherche jamais ceux-là. MAIS qui pouvait bien s'intéresser à Paris (et donc que pouvait rapporter) l'édition de critiques sur des artistes oubliés (Némorin Cabane, Joseph Nigote, Gonzague Privat...) ayant exposé dans des salons oubliés 20 ans plus tôt?
          * Certaines notices, surtout celle sur Eugène Castelnau de 1866, sont saturées d'un vocabulaire technique digne d'un rapin élève des Beaux-arts. On croit entendre un peintre ou un critique professionnel. MAIS ses années de SECRETAIRE de Champfleury d'abord, de Sainte-Beuve ensuite ont donné à Troubat un caméléonisme certain. Son édition de Piron, préface et notes parue en 1864 est un pastiche de Sainte-Beuve.
          * Dans sa Correspondance, il passe son temps à se dire prisonnier de Sainte-Beuve. Il travaille de 9h à 13 h. puis de 17 ou 18 à 21 h. Il se plaint sans cesse de n'avoir pas le temps de sortir. MAIS il a ses débuts d'après-midi. Et, par exemple en juin 1863, il va avec Sainte-Beuve voir des tableaux Bd des Italiens. Sainte-Beuve ne pouvait pas ne pas visiter les Salons, et il y allait très certainement avec son secrétaire.
Voilà. 
                     Je crois que Troubat est une piste sérieuse. Mais, jusqu'à plus ample informé, je ne décide rien. A dans 20 ans une nouvelle trouvaille...

N.B. 
                     Le dessin à la sanguine qui rythme cette prosodie est signé Frédéric Bazille. Le modèle, qui évoquerait peut-être un Edmond Maître jeune et imberbe, reste inconnu. Mais le dessin semble postérieur à Frédéric Bazille : une façon de reconnaitre que son souvenir, à la charnière des XIX et XXe siècles, était bien vivant dans les milieux artistiques ?
                     Cet incognito en dévoilement est un reflet de celui de J. Ixe. 

27 janvier 2013

THE SOLDIER-STUDENT : le journal des étudiants soldats américains de la guerre de 1914-18 à Montpellier en 1919

THE SOLDIER-STUDENT
The official organ of the American students at the University of Montpellier
The SOLDIER-STUDENT, the American students at the University of Montpellier

Mon petit post sur THE MISTRAL, le mémorial des Etudiants-Soldats américains de Montpellier en 1919 a attiré l'attention.  Le Clapassier de New-York (amistats !!) me signale que la Bibliothèque de Virginie vient de recevoir une collection de l'hebdomadaire.
C'est l'occasion d'en faire, non une analyse, mais une petite description. 

THE SOLDIER-STUDENT
The official organ of the American students at the University of Montpellier

Le N°1 paraît le 22 mars 1919. 
Le N° 15 et dernier le 30 juin 1919.
Le format est celui du Petit Méridional, c'est à dire de tous les quotidiens de l'époque : 60 x 45 cm. 
Et c'est bien naturel, puisque THE SOLDIER-STUDENT est une annexe du PETIT MERIDIONAL journal républicain quotidien. 
2 pages en français (pour le N°1), écrits par les journalistes habituels du journal, mais avec des articles spécialement choisis pour leurs rapports avec les Etats-Unis et les soldats américains. 
Au verso, 2 pages en anglais écrites par les rédacteurs du Soldier-Student. Au fil du temps, les pages françaises vont disparaître et les 4 pages seront exclusivement assumées par les "journalistes" américains. 
Le siège du journal est au Petit Lycée, dans le quartier Boutonnet-Pierre-Rouge.

Le PETIT MERIDIONAL, support de THE SOLDIER-STUDENT

Comme je le disais, Pas question de faire une belle analyse de ce journal.
Je vais plus agréablement me laisser porter par le fil des numéros, et me raccrocher, de temps en temps à quelques articles qui auront retenu mon attention. Mes très très grandes insuffisances en anglais expliqueront mes très très grands oublis.
L'édito du N°1 remercie bien sûr le Colonel BLAQUIERE, directeur du Petit Méridional, qui, malgré les difficultés dues au rationnement, accueille le journal. 
Les initiateurs du projet sont : Captain SHERLEY W. MORGAN, Inf., Commanding officer ; 
Captain R.S. McBAIN, Q.M.C., Bussines Manager ; 
2nd Lt Laurence JONES, A.C. D., managing Editor, puis Editor-in-chief.
Ce staf sera complété dès le N°2 par :  Norman C. Preston, managing Editor ; 
John D. Little, City Editor ; 
B.M. Crosby, Excursions ; 
Thes. H. Jewet, Society-Tennis ; 
O.K. Lundeberg, Drama and music ; 
Paul Miller, Athletics ; 
J.H. Schmidt, Personal Glimpses; 
W.H. Spicer, Landmarks ; 
William Goldberg, McBleilan Butt , Jas. A. Henderson, Emeit Kekich, Frederick Seward, Specials ; 
R.C. Wright , Linotype.

Dès le début, le journal reçoit pas mal de publicité de commerçants ou professionels montpelliérains. Ces réclames sont traduites en anglais. Mais souvent, on va plus loin qu'une simple traduction. On rédige des annonces qui ciblent spécialement nos petits soldats.
Pour s'amuser un peu, remarquons ci dessous la publicité du Docteur MALDÈS, spécialiste des maladies sexuelles, de moins en moins secrètes dans les villes de garnison, et dont l'annonce augmentera de surface (les affaires marchent!) au fil des numéros. Et celle du magasin A LA FRANÇAISE qui s'embrouille un peu entre les produits français qui sont sa raison de vivre et ceux importés, pour ne vexer personne. 

Publicités montpelliéraines pour soldats américains

Dès le N°2, le journal s'enrichit de dessins, comme celui-ci où un Soldier-Student qui ressemble étrangement au Savant Cosinus de Christophe, arpente les rues médiévales de Montpellier, le guide "PARLONS FRANÇAIS" à la main.

Parlons Français
Ce numéro donne déjà le ton : Danse, musique et sport. Plus de la moitié des articles leur sont consacrés : Montpellier Baseball Devotees ; Dancing features teas ; Dance committee ; Tennis holds... ; Music notes ; Jazz Band to syncopate its way to Harmony ... 

Mais on y apprend surtout que les Soldier-Students sont devenus un des enjeux de la vie politique locale. Nous savons que le journal est édité et accueilli par LE PETIT MERIDIONAL, journal laïc sinon athée, républicain et largement franc-maçon. Or, voici que s'étale à la une le compte rendu des fêtes données en l'honneur des étudiants américains par L'ECLAIR, qui est un journal de droite, catholique et ouvertement monarchiste. Ils y sont reçus par les très aristocrates F. de Baichis, A. de Vichet qui, sous les drapeaux enlacés des deux Républiques (!) leur offrent "champagne in hospitable abundance". 
Nos petits yankees sont-ils fédérateurs ou émulateurs?  
En tout cas, leur convivialité américaine transcende les clivages locaux.
Dès le N°3, les catholiques en remettent une couche dans la séduction. Et quelle couche! C'est le Cardinal de Cabrières lui-même, le plus romain des cardinaux français, et engagé de tous le poids de ses 89 ans dans le combat politique catholique qui ouvre aux Américains la Cathédrale de Montpellier (comme il l'avait fait avec les mêmes intentions aux viticulteurs révoltés de 1907). Et, toutes religions confondues, alors que nous saurons plus tard qu'il n'y a parmi eux que 63 Catholiques, 600 Américains se pressent dans la cathédrale pour écouter successivement les grandes orgues et son Excellence le Cardinal.
Dans ce même numéro, nous lisons que le Président de la République Poincaré a reçu The Soldier-Student, que la salle d'escrime de Jean-Louis ne désemplit pas, sauf peut-être pendant une excursion au Pont-du-Gard.

Le 4e numéro nous apporte un élément capital : LA STATISTIQUE DETAILLEE DE CETTE ARMEE AMERICANO-MONTPELLIERAINE.
Le titre de l'article souligne leur variété : "Rich man, poor man, sergeant, buck, doctors, lawyers, men from all states, save Arizona, Delaware, Nevada and Vermont."
Les 559 Soldier-Students comptent 1/4 d'officiers, 4 musiciens et 2 cuisiniers.
Ce sont surtout des fantassins, mais le nombre de membres du corps médical est considérable : 94 auquels il faudrait peut-être ajouter le dentiste et le vétérinaire.
64 viennent de l'Etat de New-York, 27 de la ville de New-York, mais seulement 3 de Louisiane, et 6 de la ville de Saint-Louis.
Leurs universités sont multiples et variées, leurs grades universitaires aussi.
Seulement 63, nous l'avons vu, se disent Catholiques, 207 Protestants, 15 sont Juifs, et 1 se réclame d'une mystérieuse "Ethical Culture". Le reste se répartissant entre 12 Eglises réformées.
Aucun ne se déclare athée.

Statistique ses Soldier -Students américains à Montpelli
Mais l'article nous apprend un détail fort important pour qui voudrait mettre l'accent sur les rapports Franco-Américains : 285 habitent chez des familles française, contre seulement 189 qui vivent au Petit Lycée, et 68 à l'hôtel. Seulement 7 d'entre eux ont pu (ou voulu) louer un appartement. Donc, plus de la moitié partage le quotidien des familles françaises.


Le petit bonhomme qui sert de logo à la chronique hebdo de RIGOLO, sortant de la boulangerie avec sa baguette de pain sous le bras, est-il Américain ou Français? Dieu seul le sait.

Et puis, les numéros se suivent. Le dessin tient un peu plus de place. Le sport aussi.
On remarque que les cimémas montpelliérains, Pathé et Athénée,  font des efforts de programmation : on projette le très français Monte-Cristo en compagnie des comédies américaines The Little Sister ou His Heritage.
A partir du mois d'avril, on prépare la FETE DES MERES (THE MOTHERS DAY) . Ce sera  l'occasion pour les Français de découvrir cette fête que les USA célèbrent depuis 1908 et qui n'existera en France qu'à partir de 1929. 


Mais ce mois d'avril est surtout marqué par une initiative du COMITE DES FRENCH HOMES.
Les membres de ce Comité sont assez largement protestants : Kuhnholtz-Lordat, Albert Leenhardt, Pasteur Castelnau, Victor Frat (un ami de Frédéric Bazille). Mais des catholiques marqués comme M. de Salinelles y trouvent leur place, et les universitaires Jules Valéry (le frère de Paul) en tête y siègent ès-qualité. 
Leur but : tisser des liens entre Américains et autochtones
Leur moyen : faire inviter par les (bonnes) familles montpelliéraines des jeunes Américains à partager leurs repas
Leur espoir : que les préventions contre ces intrus s'estompent, qu'on cesse de les considérer comme des sauvages ou des grands enfants. Et que, de retour chez eux, ces futurs dirigeants gardent de la France un souvenir agréable lorsqu'il sera question d'aider financièrement le vieux continent. 
La rédaction du petit bulletin d'engagement distribué par le Comité est un petit chef-d'œuvre de réthorique : glisser sur les méfiances françaises, demander de l'aide dignement... Un morceau à lire. 

L'approche de la Fête des Mères, si importante pour ces jeunes hommes éloignés de leur famille sera un moment fort pour ce rapprochement.

FRENCH HOMES, pour recevoir un soldat Américain chez soi.
Chaque jeune américain aura une mère française, une mère d'un jour. Le "milieu émotif" méridional allie ainsi "réjouissance" et "pensée".

Un numéro spécial sera consacré à ces émouvantes rencontres. Et nos petits soldats trouvent que la mère française est plus une "femme au foyer" que l'américaine. Est-ce un bien, est-ce un mal ? The first thing one notices about the French mother is her devotion to her menage. She is much more occupied witch the children than the modern American mother, and be it to her adventage or disadveantage...

MOTHER DAY à Montpellier en 1919
Mais, en marge de cette fête, la vie quotidienne continue.
On va en excursion visiter Nîmes, Carcassonne, Aigues-Mortes, Avignon, Arles (où on découvre les traces de FREDERIC MISTRAL... et du Mistral, qui donnera son nom à l'album mémorial que j'ai déjà présenté). A Sète, la visite des usines DUBONNET et NOILLY PRAT empêche les excursionnistes de grimper au sommet de Saint Clair. Mohammed (c'est l'appelation locale du soleil) achève de convaincre les plus valeureux de rester tranquilles sur les quais.
On visite le Musée FABRE, où le peintre qui retient le plus d'attention est Alexandre Cabanel.
On va encore au cinéma, où il y a de plus en plus de films américains — bien que la langue ne soit pas un obstacle, les films étant muets. Shoulder ARMS (Charlot soldat) de CHARLIE CHAPLIN remplit les salles. Il est vrai que l'entrée est gratuite pour tout Soldier-Student accompagné de two French Friends.
On joue du jazz à tous les thés dansants, on lit la Bible.
Le PEYROU MASONIC CLUB est fondé, qui organise un grand banquet au Grand Hôtel de Midi, tout comme les PHI BETA KAPPA organisations, ces clubs d'élite des universités américaines.
On découvre aussi les affaires du FLEA MARKET, le marché aux puces qui se tient tous les dimanches autour du marché, en bas du boulevard Jeu de Paume.
Bref, choses et idées s'échangent, se vendent, se donnent, se refusent, comme ces fameuses cigarettes qui font rêver les petits français de 7 à 77 ans.

LES CIGARETTES AMERICAINES
Dès le mois de mai, les visites à PALAVAS BEACH s'intensifient.






On justifie un peu la consommation du vin local : celui-ci ne naît-il pas de la tendre union des vignes américaines et françaises



Nos petits soldats commencent à se débrouiller un peu en français. Nous avons vu qu'ils savent bien que Mahommet est le soleil. Comment faire, sans ça, pour expliquer les choses aux demoiselles , "Non, Mademoiselle, le A.E.F. blues n'est pas le nom de mon régiment, ça veut dire : le cafard du Corps Expéditionnaire Américain".
Et ce cafard, qui noircit d'autant plus que l'heure de la démobilisation approche, il faut bien le soigner.
On monte alors ses propres spectacles qui empruntent un peu de leur vocabulaire à l'argot, ou du moins au parler populaire local.
La "revue" (spectacle de vaudeville) JE M'EN FICHE est un cadeau d'adieu à la population locale. Le 3ème acte a pour titre : "July 5, 1919" : c'est la date annoncée du grand départ pour l'Amérique. 
La représentation, devant plus de 1000 spectateurs, est un succès.
Elle sera reprise à Grenoble. 

JE M'EN FICHE, revue des Solier-Students de Montpellier
Les divers slogans publicitaires sont en français, mais s'adressent bien sûr à nos petits soldats américains : 
Est-ce que tu t'ennuies?
Ça ne va-t-il point?
As-tu la grosse bête noire?
Tu t'embêtes à mourir?
Veux-tu rigoler?
Veux-tu te tordre? Chasser le Cafard?
Tuer le flegme? 
On voit bien l'état d'esprit des troupes américaines en voie de démobilisation. 

A partir du début juin, le retour au pays obsède tout le monde. Un peu de regret, beaucoup de joie.
Le coeur entre deux pays, entre deux amours : un dessin dit tout !


UN AMOUR DANS CHAQUE PAYS

Avant de partir, on s'inquiète de l'image laissée derrière soi. Un vaillant reporter part s'adresser à la population : "Dites, Monsieur, que pensez-vous des Américains?" (En fait, il sonde plus de demoiselles que de messieurs).
Les résultats sont assez désespérants pour les pourfendeurs d'ethnotypes, et pour le Comité French Homes qui voulait combattre les préjugés réciproques.
En gros, les sondés pensent :
- Que les Américains sont plus sportifs que les français (ça, c'est une demoiselle qui le dit) : it is better
- Qu'"ils sont tellement mignons dans leurs chemises" (en français dans le texte).
- Qu'ils ont "a wonderful organization" .
- Qu'ils sont des "great Kidders". 
- Que "They say Je t'aime , but they mean other chose". 
- Qu'ils raffolent de gateaux et de sucreries (les familles ayant reçu des soldats sont toutes étonnées de ce goût pour le sucre, encore très exotique pour elles).
Le mot de la fin, plein de philosophie, est laissé à une young lady :
You are very much like the french. You have the same esprit, the same happy-go-lucky way of going at things. Then when you find you are wrong you are willing to admit it and turn around and go the other way. 
You work intensely and after work, you play intensely. ... 


QUE PENSEZ-VOUS DES AMERICAINS?

Que dire de ça ? Que les opinions du Café du Commerce ne sont ni meilleures ni pires que d'autres.
Et terminons ce sujet par un des vers "Aux Américains" signés M.T.
"Nous nous connaissons mieux depuis le poignant drame"... 
Il suffit de le croire.

Le dernier numéro, daté du 30 juin 1919 nous informe que les Soldier-Students prendront définitivement le train le 30 juin à 8 heures du matin.
DERNIER NUMERO: LES SOLDIER-STUDENTS REGAGNENT LES USA
VOICI L'ARTICLE QUE L'UNIVERSITE DE VIRGINIE CONSACRE A L'AQUISITION D'UN EXEMPLAIRE DE CETTE COLLECTION : ( http://www.lva.virginia.gov/news/broadside/2012-Winter.pdf --)



The Library of Virginia recently received a fascinating collection of World War I–era student newspapers that sheds light on the activities of American soldiers in France immediately following the war. Author and historian Jon Kukla, who purchased the papers at a Virginia auction a few years ago, donated the collection to the Library for historic preservation and research.
Kukla, author of Mr. Jefferson’s Women and A Wilderness So Immense, has served as director of historical research and publishing at the Library of Virginia, curator of collections and director of the Historic New Orleans Collection, and executive director of the Patrick Henry Memorial Foundation.
The Soldier-Student, a weekly newspaper produced in Montpelier, France, by the group known as the “American Students at the University of Montpelier,” was the first periodical published by American students abroad in France. Students attended a program sponsored
by the American Expeditionary Forces (AEF) and the YMCA designed to enroll soldiers
at British and French universities following the end of hostilities in Europe. Nearly 600 enlisted men were stationed under the American Schools Detachment (ASD) at universities in Bordeaux, Toulouse, and Poitiers.

Published with the cooperation of the French newspaper Le Petit Méridional, the Soldier- Student appeared on two pages of that newspaper for the duration of its publication, from March 22 through June 30, 1919. It reported on a variety of topics of concern to the American student population such as information on local sights and cultural events as well as on the students’ local activities—a priority because most AEF papers were sent home to families, American universities, and other stateside papers. The last issues focused extensively on a show called the American Revue, organized and performed by the soldier-students within Montpelier to raise funds for a charity benefiting wounded French veterans. The show received rave reviews and successfully raised a substantial sum for the charity.
Many of the papers are signed with the name Sgt. G. W. Martin, Hotel du Palais, who attended the University of Montpelier under the ASD plan, though he was not involved in the publication of the newspaper. Following his service in World War I and time at the University of Montpelier, George Williams Martin returned to live in Lynchburg, Virginia.








26 janvier 2013

SOLDATS ETUDIANTS AMERICAINS à MONTPELLIER en 1919 : THE MISTRAL , The American Soldier-Student

THE MISTRAL : Souvenir des SOLDATS ETUDIANTS AMERICAINS à MONTPELLIER en 1919


THE MISTRAL
A Year-book
Published by the AMERICAN STUDENTS,
University of Montpellier
from March to June 1919

100 pages, in 4° sous reliure d'éditeur percaline bleue. 


Il s'agit du journal des Forces Expéditionnaires américaines (A.E.F.) , basées à Montpellier et hébergées dans les locaux du Petit Lycée (au faubourg Boutonnet) et qui éditent par ailleurs THE STUDENT-SOLDIER en 1919.
Ces soldats - étudiants sont environ 500 : la liste de leur nom, avec leur ville d'origine tient 11 pages. 

THE MISTRAL : Souvenir des SOLDATS ETUDIANTS AMERICAINS à MONTPELLIER en 1919

L'ambigüité du titre est d'emblée évidente. La première page présente au verso le poème de Frédéric Mistral (en occitan) Au Miejour. Mais au verso du même feuillet, un texte commence ainsi : "The Mistral ! the very winds of Provence and Languedoc have lyrical names." Suit un jeu de mot sur le monde venteux (windswept world) auquel les troubadours se sont opposés, sur les terrasses ventées de leurs châteaux perchés.
En fait, les deux patronages du vent et du poètes sont réunis dans l'invocation du titre, "singing in the soul of a brave, poetical ang generous people".

Mon exemplaire est largement dédicacé à  Madame Kühnholt-Lordat par plusieurs de ces soldats, commandant Sherley W. Morgan en tête.  Ce dernier, de la classe 1913, semble par la suite être devenu un brillant architecte, et bienfaiteur de l'Université de Princeton.
Dédicace à Mme KUHNHOLTZ-LORDAT

Les étudiants-soldats américains qui ont quitté le front après le 11 novembre ont été envoyés dans des villes universitaires en France et en Angleterre.

L'Ours du MISTRAL

Le comité montpelliérain chargé de la réception de ces militaires est présidé par S. Kuhnholtz-Lordat, et on y retrouve des gens comme Albert Leenhardt, Jules Valéry (le frère de Paul) et autres universitaires.


PETITE ANALYSE DU CONTENU :

Divers articles d'histoire locale à l'usage des jeunes touristes que sont devenus nos petits soldats.
Des excursions culturelles se dirigent vers Carcassonne, Nîmes Aigues-Mortes  et Arles.
Il s'agit toujours d'intégrer au mieux ces centaines de militaires : for bringing the American soldier into contact with the French people.  
La culture, l'histoire, les réceptions officielles semblent de bons moyens d'intégration. Tout le monde est mis à contribution.

Le 6 avril, c'est le Cardinal de Cabrières qui s'y colle, à la cathédrale, et le 27 mars le journal L'Eclair.
 
Bienvenue aux Américains. Réception à L'Eclair de Montpellier

Mais ce qui marche le mieux, et de très loin, c'est la rencontre avec les jeunes montpelliéraines.
Le bal à l'Hôtel Métropole  est une réussite totale. "This was a 'tout à fait' American dance in a French sitting". "Our Jazz band" est irrésistible et "many beautiful 'demoiselles' se sont mises au rag time " in the arms of their American cavaliers".
Dommage collatéral :   "Even Professor Grammont was seen to essay a few steps of a rollicking fox-trot in the obscurity..."
En fait, tous ces joyeux drilles se sentent "missionaries of the American Jazz"

Photo de l'orchestre avec trompettiste noir :  

Au début, on manque d'instruments  On en trouve à Nîmes et Pari, et tout s'arrange. 
The University JAZZ ORCHESTREA  : "The music was an amusing  novelty to the French people "

Le même Jazz band servira à la célébration, le 11 mai,  de la Fête des mères "in true American style".

Autre moyen de fraternisation : LE SPORT .

Le Champ de manoeuvres, terrain d'entrainement militaire et sportif est mis à leur disposition. Ils jouent, avec les français, au tennis et au basket. Ils découvrent ce jeu étrange, le football, une curiosité locale. Mais le vrai sport, le seul qui aie de vraies compétitions organisées, c'est le baseball. En 3 mois, un vrai championnat est disputé avec Hyères, Cannes, Marseille, Miramas, Bordeaux et Lyon, où il y a aussi des garnisons américaines.

Sociétés de convivialité masculines :
Les traditions estudiantines américaines sont recrées dans l'exil.  Une section du PHI BETA KAPPA créé en 1776 à l'Université de Virginie est créée à Montpellier.

Et,  dans la foulée : le PEYROU MASONIC CLUB  loge maçonnique fondée par le frère James W. Richey. C'est un triomphe puisque  12% des ASD y adhèrent. Ils reçoivent les franc-maçons locaux :  Mr M. Darsac, vénérable de la loge Justice Liberté en tête.
Loge maçonnique des soldats américains à Montpellier : le PEYROU MASONIC CLUB.
Début de la liste des franc-maçons des étudiants soldats américains

Moins sérieusement, il y a même des SECRET SOCIETIES ABOUT TOWN  composées à la fois d'étudiants français et américains : les "SANS SOUCI ", sportifs qui se réunissent au Café de France  et les "CHASSEURS DE CHATS" armés de cannes qui à minuit chassent le trop-plein des chats de la ville.
Sociétés secrètes estudiantines franco-américaines
Toujours dans le style humour potache, il faut lire le Petit catéchisme de conversation :"No, I am not married, not have I a fiancée".
"Yes, chewing gum is only to chew and not to be swallowed. Yes, 'c'est droll.'

ou les petites blagues désopilantes, style : 
La vieille fille : Ciel! La guerre est finie, et je n'ai pas encore épousé un  Américain [en français dans le texte].
 Et, pour finir, les questions existentielles de la vie quotidienne en civilisation indigène :






Chaptal, Tandon, un Cerf-Volant, Napoléon, un Ministre de l'Intérieur aimable : Fable occitane pour célébrer l'Empire naissant

Lou CERVOULAN, fabla. 
A Soun Eccélénça Mounségnur CHAPTAL, Ministre dé l'Intériur par Auguste TANDON. 
Avec la RÉPONSE MANUSCRITE du Ministre. 


Une lettre de Ministre de l'Intérieur en 1804

Nous avons déjà rencontré CHAPTAL et son CATECHISME DU BON CITOYEN.
Nous avons aussi rencontré Auguste TANDON et son francitan corrigé à propos de MISTRAL.
Il est temps de les réunir.
Le Senatus-Consulte du 18 mai 1804 clot l'ère révolutionaire (sous sa forme "Consulat") en proclamant NAPOLEON 1er Empereur des Français. Le plébiscite du 6 novembre ratifiera a postériori l'Empire, et le sacre aura lieu le 2 décembre.

Le 3 Messidor (22 juin), Chaptal, Ministre de l'Intérieur, remercie Auguste TANDON de son poème LOU CERVOULAN que celui-ci lui a dédié et envoyé.
Ce poème est une apologie de l'Empire.

Etonnons-nous
Le Senatus-Consulte est du 18 MAI. Sa proclamation à Montpellier a dû se faire, au plus tôt le 20 mai, si on tient compte du télégraphe optique, les détails écrits sont, eux, parvenus à Montpellier autour du 25 mai.
Tandon se met aussitôt à écrire sa fable. Il la fait ensuite imprimer (composition, correction, tirage...). Il semble impossible que l'envoi au Ministre ait pu se faire avant le tout début juin. 8 jours pour arriver à Paris. Les bureaux du Ministre reçoivent le poème vers le 10 juin.
Or, voici un Ministre de l'Intérieur, en pleine réorganisation du pays, dans ces temps de bouleversements politiques, alors que les réseaux républicains d'une part, royalistes de l'autre, risquent de s'insurger contre l'Empire. On s'imagine qu'il a autre chose à faire qu'à lire des poésies. C'est pourtant ce qu'il fait, sa réponse part un mois à peine après le "coup d'Etat" du 18 mai.
Rapidité éclairante sur l'accueil enthousiaste de certaines classes de la population à l'Empire. 

Contre toute logique, je vais commencer par présenter la réponse du Ministre.
La suscription est :

A Monsieur Aug.te Tandon, négociant, Montpellier, Dept de l'Hérault.
Un cachet imitant un manuscrit, sert de "franchise postale" : M.tre de l'intérieur.

Voici la transcription du texte :


Lettre de CHAPTAL à Auguste TANDON


Paris, le 3 messidor an 12 de la République française (22 juin 1804)
Le Ministre de l'Intérieur

A Monsieur Aug. Tandon

J'avais lu avec un grand plaisir, mon cher compatriote, le recueil de vos poésies, j'ai trouvé un intérêt de plus dans la fable que vous avez bien voulu me dédier.
Le sujet que vous avez traité innove avec (? + un mot illisible pour moi) et je désire qu'on puisse m'appliquer la morale de votre fable.

Je n'ai pas perdu de vue la demande que vous avez formée pour votre ainé, vous pouvez vous en reposer sur le désir que j'ai de vous prouver que je n'ai oublié ni les titres de votre famille ni l'amitié qu'elle a toujours eue pour moi

recevez l'expression de tous mes sentiments
Chaptal

Je n'ai aucune idée de ce que demandait Auguste Tandon pour son fils.
Mais ce qui frappe, c'est la personnalisation de la réponse.
Deux vieux amis montpelliérains s'écrivent avec une certaine liberté. 


Mais jetons un oeil sur la fable tandonesque.
1 feuille, 4 pages format quarto (23 x 18 cm).
La feuille est à toutes marges.
La typographie se veut de belle qualité, le texte est dans un cadre "Empire", tout au moins néo-classique.
Mais la hâte d'impression se ressent justement dans l'imposition du texte. C'est à peine si la 4e page n'est pas rognée par le pliage.
Cette impression n'est pas signée, contrairement à la loi, l'imprimeur ne s'est pas dénoncé (que fait la police, et le Ministre de l'Intérieur?).

La dédicace de Tandon rompt radicalement avec les usages de la Révolution. Un ou deux ans avant, il aurait dit : Citoyen Ministre... Aujourd'hui, c'est Son Excellence Monseigneur Chaptal.


Le sujet est assez bizarre. Deux enfants veulent faire voler un cerf-volant. D'abord, ils l'attachent avec une corde (jounquina). C'est trop lourd, trop contraignant, ça ne vole pas.
On a beau faire mila éspériénças, rien ne réussit. Du coup, le garçon intrava dins dé vièoulénças.
Ensuite, ils essaient un fil (fîou). Anèt bé (qu'on pourrait traduire par : Ça ira!). En fait, ça va pas si bien : le papier s'étripe, on s'énerve : Anava dins sa coulèra / Chaplâ tout... Bref, c'est une stérile anarchie.
Enfin, le Père vint ! Il attache le cerf-volant avec une ficèla. Ni trop ni trop peu de liberté. Du coup, Anava divinamén.
La morale de l'histoire (ou de l'Histoire?) : ce cerf-volant, ce sont les FRANCÉZES. Sous l'Ancien Régime, ils étaient trop éncadénas. Puis, ils ont essayé la licénça. Alors, Tout éncara és anat pire.
Heureusement, Ara qu'avèn l'AMPIRE ... / És décidat qu'anarén / Couma toun Cervoulan, BÉN.
Notons l'emploi du futur : l'AMPIRE n'a que 2 jours.



Sur la langue, nous sommes bien dans un occitan montpelliérain.
Quand à l'orthographe? Disons seulement que la graphie des diphtongues demande au lecteur un coeur bien accroché. Comment en effet ne pas se rompre le cou en essayant de lire : fâouïè , âouïo ... 

Tandon sera emprisonné après les 100 jours.